Projet de loi d’urgence agricole : l'eau prise en otage
"Des reculs aussi graves qu'importants demeurent, dans l'accès à l'eau comme sur la qualité de l'eau."
En pleine sécheresse, la commission mixte paritaire a entériné de profonds reculs sur la gestion de l’eau. Le texte est certes moins désastreux que ce que le Sénat avait voté et il faut à cet égard saluer le travail du gouvernement et de certains parlementaires qui n’ont pas accepté le jeu de surenchère de l’agriculture industrielle. En effet, la version adoptée en CMP évite par exemple une redéfinition des zones humides qui aurait ouvert la moitié d’entre elles à la destruction. Mais abandonner des reculs ne constitue pas une avancée ; et des reculs aussi graves qu’importants demeurent, dans l’accès à l’eau comme sur la qualité de l’eau.
D’une part, alors qu’il faudrait désimperméabiliser les sols pour leur permettre de mieux stocker l’eau et la restituer à la nature comme aux acteurs économiques – la loi prévoira par exemple de donner un droit absolu au stockage artificiel, avec également un objectif de le doubler. D’autre part, alors qu’il faudrait limiter au maximum l’exposition de la nature, de l’eau et de l’homme aux pesticides, la loi va réintroduire des néonicotinoïdes et autoriser la suspension de la redevance pour pollutions diffuses qui permet précisément de financer la dépollution des milieux.
Agriculteur examinant la terre - Epandage de pesticides dans un champ agricole
Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de faire perdurer un modèle de plus en plus inadapté au dérèglement climatique, qui aura toujours besoin de plus d’eau et de plus de pesticides pour perdurer, au détriment de tous les autres usagers de l’eau, des petits agriculteurs jusqu’à la nature, en passant par les autres entreprises. Le texte n’est donc toujours pas votable en l’état et le WWF appelle les députés et les sénateurs à le rejeter.
La pétition portée par le WWF et un large tissu associatif français a déjà recueilli des dizaines de milliers de signatures en France.