Le flamant rose reprend des couleurs
En Camargue, la population de flamants roses a été multipliée par quatre depuis 1958. Longtemps menacée, l’espèce se rétablit grâce aux efforts de conservation auxquels le WWF contribue depuis plusieurs décennies.
Un équilibre en péril
Le flamant rose, espèce emblématique de la Camargue, symbolise l’importance de mener des travaux de restauration sur un site qui rassemble 287 espèces, dont 17 sont menacées en France ou à l’échelle mondiale.
Plus grande zone humide de France et deuxième plus vaste delta de Méditerranée après le Nil, la Camargue abrite une biodiversité exceptionnelle façonnée par des siècles d’interactions entre l’eau, la terre et les activités humaines. Longtemps pourtant, cette richesse a été sous-estimée. L’endiguement du Rhône, l’artificialisation des sols, l’agriculture intensive, l’urbanisation et le dérèglement climatique ont peu à peu fragilisé cet équilibre. Les zones humides, essentielles pour réguler l’eau, stocker le carbone et accueillir la faune, ont reculé, mettant en péril de nombreuses espèces. Et le flamant rose, véritable emblème de la Camargue, en a payé le prix fort. Jusqu’au XIXᵉ siècle, il se reproduisait naturellement sur des îlots formés par les sédiments du Rhône. Mais la construction de digues et la modification des flux d’eau ont fait disparaître ces sites de nidification. Peu à peu, leur reproduction s’est interrompue. Dans les années 1960, la situation devient critique : en France, le flamant rose frôle l’extinction. Faute d’habitats favorables et sous l’effet des dérangements humains, ses effectifs s’effondrent. Cette espèce protégée, aujourd’hui classée dans la catégorie “vulnérable” sur la liste rouge de l’UICN, symbolise alors le déclin silencieux des zones humides camarguaises, pourtant essentielles à près de 300 espèces !
La riposte du WWF et des acteurs locaux
Dans les années 1960, le flamant rose avait presque disparu de Camargue, faute d’habitats favorables. La création de sites protégés et la restauration des zones humides ont permis sa reproduction et un retour rapide de populations abondantes.
Face à l’urgence, la mobilisation s’organise. Dès les années 1970, le WWF s’engage pour la protection des zones humides, en France et à l’international, convaincu de leur rôle clé pour la biodiversité. En Camargue, cet engagement se traduit par des actions concrètes. Un îlot artificiel est créé dans l’étang du Fangassier pour permettre aux flamants roses de se reproduire à nouveau. Grâce à la surveillance du site, assurée avec le soutien du WWF, la reproduction reprend durablement. Dans les années 1980, l’îlot est rénové et la colonie sécurisée en partenariat avec la Tour du Valat et les acteurs locaux. Depuis plus de trente ans, ces efforts permettent une reproduction continue de l’espèce. En parallèle, le WWF soutient des projets de restauration hydraulique, de sensibilisation du public et de recherche scientifique, essentiels pour redonner aux zones humides leur fonctionnement naturel. La Camargue redevient ainsi un site majeur de nidification en France et en Méditerranée, preuve qu’une action ciblée et de long terme peut inverser la tendance.
Flamant rose se nourrissant (Phoenicopterus roseus) Camargue, France / Colonie de flamants roses (Phoenicopterus roseus), Camargue, France / Trois flamants roses (Phoenicopterus roseus) en vol, Camargue, France
Une reconquête spectaculaire
La population de flamants roses a été multipliée par quatre depuis 1958
Aujourd’hui, les résultats sont là. Selon notre récent rapport sur l’état de la biodiversité en France “Entre déclins et espoirs”, le flamant rose illustre l’une des plus belles réussites de conservation. Depuis la fin des années 1950, la taille moyenne de ses populations a été multipliée par quatre. Alors qu’il avait quasiment disparu, on estime désormais que plus de 70 000 flamants roses fréquentent la Méditerranée française au printemps, environ 55 000 en été et 30 000 en hiver. La Camargue est redevenue leur bastion, un symbole éclatant de résilience.
Flamants roses (Phoenicopterus roseus), Camargue, France / Flamants roses (Phoenicopterus roseus) entourant un poussin nouveau-né, Camargue, France
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Ce succès n’est pas isolé. Le rapport montre que, si la biodiversité continue globalement de reculer, les espèces bénéficiant de mesures de protection durables peuvent se rétablir. C’est le cas du Balbuzard pêcheur, du Vautour moine ou encore d’espèces soutenues par les programmes du WWF comme le Pic noir, le Grand Murin ou la Mouette rieuse. Partout, les mêmes leviers font la différence : restauration des habitats, réduction des pressions humaines et meilleure coexistence entre l’homme et la nature.
Le retour du flamant rose en Camargue est donc bien plus qu’une belle histoire d’oiseau. C’est une preuve tangible que les efforts paient, que la nature peut reprendre des couleurs quand on lui en donne les moyens. Une bonne nouvelle, et surtout un message d’espoir : protéger le vivant, c’est encore possible… et ça fonctionne !