Pause-café pour les orangs-outans
En Indonésie, le café pousse désormais avec la forêt, pas contre elle. Soutenue par le WWF, l’agroforesterie protège les orangs-outans, tout en faisant vivre les communautés locales.
Alerte rouge sous la canopée
“Comme de nombreux herbivores indigènes, les orangs-outans dispersent et éparpillent les graines de nombreux fruits dont ils se nourrissent, contribuant ainsi au reboisement, et par la suite au renouvellement et à la bonne santé de la jungle.”
Le nom « orang-outan » vient du malais orang hutan, qui signifie littéralement « homme de la forêt ». Ces grands singes à la fourrure rousse passent la majeure partie de leur vie suspendus dans les arbres, où ils trouvent leur nourriture, construisent leurs nids et élèvent leurs petits. Les îles de Sumatra et de Bornéo sont les seuls refuges encore sauvages pour ces primates. Mais leur monde se réduit dangereusement. La déforestation progresse rapidement à Bornéo et au Kalimantan occidental sous l’effet de l’exploitation forestière et minière et de l’expansion des plantations de palmiers à huile, sans oublier l’impact dévastateur des incendies. Chaque année, des milliers d’hectares de forêt disparaissent ou se fragmentent, détruisant les corridors naturels essentiels aux déplacements et à la reproduction des orangs-outans. Les conséquences sont dramatiques : en 40 ans, la population des primates a diminué de plus de moitié, et plus de 50 % des orangs-outans vivent désormais en dehors des zones protégées, exposés au braconnage et aux conflits avec les humains. Leur reproduction lente - une femelle ne donne naissance qu’à un petit tous les sept à neuf ans - aggrave la menace. Selon l’UICN, l’espèce est en danger critique d’extinction.
Redonner un avenir aux orangs-outans
Près de 350 000 arbres indigènes plantés au cours des 12 dernières années.
Depuis 2007, le WWF œuvre à la restauration des forêts de Bukit Piton, en collaboration avec la Fondation Sabah, la Fondation Sime Darby et le Département forestier du Sabah. Le projet pilote, concentré sur 2 400 hectares, a permis de planter près de 350 000 arbres indigènes au cours des 12 dernières années. Parmi eux, des espèces pionnières capables de prospérer en plein soleil et sur des sols pauvres créent l’ombre nécessaire à la croissance d’arbres fruitiers sélectionnés pour nourrir les orangs-outans. Au total, 55 espèces différentes ont été introduites, soit près de la moitié des ligneux présents en France métropolitaine, offrant un habitat restauré pour ces grands singes mais aussi pour de nombreuses autres espèces. Parallèlement, le WWF accompagne les communautés locales pour développer une agriculture durable qui limite la pression sur la forêt tout en sécurisant les revenus. L’agroforesterie du café, où les caféiers poussent sous l’ombre d’arbres indigènes, permet de préserver la structure forestière, enrichir les sols et stocker du carbone. Des formations sont proposées aux agriculteurs et aux groupes de femmes pour gérer durablement leurs plantations, diversifier leurs activités et commercialiser leurs produits, de la culture de champignons à la production de miel.
Bébé orang-outan - Jeune orang-outan (Pongo abelii) dans la jungle - Orang-outan mâle au bord d'une rivière
Quand le café devient un allié de la forêt
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Dans les villages de Sebadak Raya et Beringin Rayo, au Kalimantan occidental, une nouvelle histoire s’écrit sous la canopée. Grâce au soutien du WWF, les habitants expérimentent une agriculture différente : une culture du café intégrée à la forêt, qui respecte les équilibres naturels. Tout commence par des sessions de formation organisées par les équipes du WWF. Les agriculteurs apprennent à planter des caféiers au milieu d’arbres indigènes, à utiliser des engrais écologiques et à concevoir des parcelles agroforestières capables de restaurer les sols. Peu à peu, les plantations prennent racine, au cœur d’un paysage où la forêt retrouve sa place. Les femmes jouent un rôle déterminant dans cette transformation. Dans plusieurs villages, elles participent à des formations pour transformer les ressources naturelles en produits commercialisables : crackers à base de plantes locales, chips de taro et autres spécialités. Ces activités renforcent l’économie locale et offrent de nouvelles perspectives aux familles. Les communautés ont également pu visiter une coopérative caféière dans le district de Kayong Utara afin d’apprendre les meilleures pratiques de production et de commercialisation.
Orang-outan - Graines de café torréfiés
« Ici, le café pousse avec la forêt et non plus contre elle. Chaque récolte aide à préserver les arbres et tous leurs habitants, orangs-outans compris ! »
Inspirés par cet exemple, certains producteurs ont même présenté leurs grains lors d’un grand salon du café en Indonésie, où leur qualité a été soulignée. Au-delà du café lui-même, l’impact est considérable. En offrant des revenus durables aux habitants, l’agroforesterie réduit la nécessité de défricher la forêt pour d’autres activités plus destructrices. Les arbres restent debout, les habitats sont préservés et les orangs-outans conservent les corridors forestiers dont ils ont besoin pour survivre.