Fruits de palmiers à huile à Sumatra (Indonésie)

Pour une production responsable des matières premières

Les matières premières agricoles et issues de la pêche et de l’aquaculture sont indispensables pour garantir la sécurité alimentaire mais la façon dont elles sont produites contribue souvent à la dégradation des écosystèmes naturels et impacte de manière négative les populations qui vivent sur les zones de production. C’est le cas des matières premières agricoles les plus couramment utilisées au niveau mondial :  le soja, l’huile de palme, le bœuf, la canne à sucre et le coton, mais aussi les produits de la mer. Pourtant, il existe des bonnes pratiques permettant de produire ces matières essentielles dans le respect de la planète et des hommes.

Production agricole et impacts environnementaux

L’érosion de la biodiversité s’est accélérée depuis les années 1970 et pourrait s’aggraver dans les années à venir. La production des matières premières nécessaires à notre alimentation figure parmi les premières causes de cette érosion, en contribuant à la dégradation des habitats, à la surexploitation des espèces (par exemple la surpêche), à la pollution de l’eau, de l’air et des sols, à la réduction de la fertilité des sols, etc.

L’agriculture occupe environ 34% de la surface totale des terres et près de la moitié de la surface habitable par les plantes. Sur 1,5 milliard d’hectares de cultures à l’échelle du globe, un tiers est affecté à la production d’aliments pour animaux. Et 3,4 milliards d’hectares supplémentaires de prairies servent au pâturage aux animaux. Au total, une très forte proportion de terres agricoles (près de 80%) est donc directement ou indirectement consacrée à la production de produits animaux que nous consommons (viande, produits laitiers, etc.).

Parmi les impacts, ce que nous mangeons et consommons contribue directement au changement climatique puisque 20% des émissions directes de gaz à effet de serre sont liées à l’agriculture et l’alimentation (via la production et l’utilisation d’engrais et de pesticides de synthèse ou encore le transport des matières premières). Si l’on ajoute les émissions dues à la déforestation que la production agricole engendre, ce chiffre s’élève à 30%. La déforestation et la conversion d’écosystèmes naturels riches en biodiversité font partie des impacts majeurs de la production agricole.
La production des matières premières pour notre alimentation impacte également les écosystèmes d’eau douce. En effet, l’eau douce ne représente que 2,5% des ressources aquatiques de la planète et environ 70% de l’eau douce prélevée est utilisée pour l’irrigation agricole. Et l’utilisation de pesticides et d’engrais peut quant à elle être responsable d’une dégradation de la qualité de l’eau.

En prenant en compte tous ces impacts, le WWF a pu dresser une liste des matières premières qui ont le plus d’impacts sur notre planète ainsi que les écosystèmes qui sont les plus touchés. Parmi les matières premières agricoles, il y a le bœuf, le soja, l’huile de palme, mais aussi la canne à sucre et le coton, qui menacent principalement les écosystèmes forestiers d’Amérique latine, du bassin du Congo et d’Asie du Sud-Est. La pêche de thon et de poissons blancs, ainsi que la production de poissons d’élevage menacent quant à eux nos océans et écosystèmes côtiers.

La conversion d’écosystèmes naturels entraînée par la production de matières premières agricoles

La déforestation, ainsi que la conversion et la dégradation d’autres écosystèmes naturels tels que les prairies ou les savanes constituent une cause majeure de perte de biodiversité. Chaque année, entre 2000 et 2013, environ 13 millions d’hectares de forêts ont été convertis à d’autres utilités ou dégradés, impactant la vie des communautés qui y vivent et qui dépendent des services écosystémiques rendus par ces milieux. Les principales raisons de cette conversion sont la production agricole et l’exploitation forestière.

L’agriculture est responsable de 80% de la déforestation au niveau mondial. En effet, l’élevage, l’agriculture industrielle à grande échelle, mais aussi l’agriculture vivrière constituent les principales causes de déforestation parmi l’ensemble des massifs forestiers mondiaux (Amazonie, Cerrado, Bassin du Congo, Nouvelle-Guinée…). En Amérique latine, il s’agit notamment des productions de bœuf et de soja (qui est principalement destiné à nourrir nos animaux d’élevage) qui, via l’expansion des surfaces qui leur sont dédiées, menacent les écosystèmes de l’Amazonie, du Cerrado mais aussi de la Forêt Atlantique ou du Chaco. Ces matières premières ne sont pas les seules car la canne à sucre, le coton et l’huile de palme y participent également.

L’huile de palme est quant à elle une des principales sources de déforestation en Asie du Sud-Est, qui concentre plus de 85% de la production, mais aussi dans le Bassin du Congo en Afrique de l’Est où sa production tend à se développer. Ces matières premières (bœuf, soja, huile de palme), ainsi que le bois et la pâte à papier constituent les enjeux majeurs de la lutte contre la déforestation. C’est pourquoi la Déclaration de New York sur les Forêts fixe pour ces matières premières un objectif ambitieux d’élimination de la déforestation associée à leur production d’ici 2020.

Répartion des principales matières premières agricoles et des régions qu'elles concernent

Répartition des principales matières premières agricoles et des régions qu'elles concernent

La surpêche et la pêche illégale associées à notre consommation de produits de la mer

Pour garantir la sécurité alimentaire du globe, les poissons et les produits de la mer ont un rôle prépondérant à jouer, en fournissant notamment des protéines animales, des acides gras et des micronutriments essentiels.

Le poisson représente déjà 17% de l’ensemble des protéines consommées à travers le monde. La consommation mondiale a doublé en 50 ans et un Français mange en moyenne 34 kg de poisson par an, dont principalement trois espèces que sont le saumon, la crevette et le cabillaud.
Au-delà de sa fonction nourricière, le poisson génère une activité économique non négligeable car près de 800 millions d’individus tirent leurs moyens de subsistance de l’industrie halieutique.

Cependant, de plus en plus de navires traquent chaque jour des espèces de moins en moins nombreuses. En effet, partout sur le globe, les populations de poissons sont en chute libre puisque 90% des stocks de poissons sont soit surexploités, soit pleinement exploités. Cette surpêche est destinée à la consommation humaine mais aussi à l’alimentation animale (la plupart des poissons d’élevage consomment pour partie d’autres poissons issus de la pêche). De plus, les pratiques employées pour l’aquaculture mettent également en péril les écosystèmes côtiers comme les mangroves, puisque plus de 35% d’entre elles ont déjà disparues au profit d’élevages de crevettes dans des fermes spécialisées.
L’écosystème marin est également en péril en raison des pratiques de pêche qui sont mises en œuvre, telles que la pêche en eaux profondes ou certaines techniques occasionnant beaucoup de captures accessoires d’autres espèces en plus de celles initialement ciblées (cela représenterait 30% des prises mondiales) et dont certaines sont vulnérables (requins, tortues, coraux…). La pêche illicite non déclarée et non réglementée (INN), qui représente 12% à 28% des captures, participe à la surexploitation de nos océans et est un manque à gagner pour les pêcheurs.

Pêcheur malaisien (Malaisie)

Les solutions pour une production agricole responsable

La déforestation, la dégradation des écosystèmes ou encore la surpêche pour la production de notre alimentation peuvent être évités. A tous les niveaux, depuis les producteurs de matières premières jusqu’aux consommateurs, en passant par les industries agroalimentaires ou les distributeurs, chacun peut mettre en place des actions pour favoriser une production responsable.

Une meilleure production agricole passe par le développement d’exigences relatives à la préservation des écosystèmes (par exemple l’exigence de la non-conversion d’écosystèmes naturels), une réduction significative des volumes d’intrants utilisés (qu’il s’agisse d’eau pour l’irrigation, de fertilisants ou de produits phytosanitaires de synthèse) ainsi que de déchets, une meilleure gestion des ressources naturelles (eau, sols…) et par une réduction de l’utilisation des énergies fossiles.

Une consommation responsable est permise par une réduction de la consommation de produits animaux comme la viande, les œufs, les produits laitiers et le poisson d’élevage (dont l’impact est majoritairement indirect via l’alimentation animale composée de soja et de dérivés d’huile de palme) au profit de protéines végétales, ainsi que par le choix de produits dont le mode de production est plus durable tels que les produits certifiés : Agriculture Biologique, RSPO (Table Ronde sur l’huile de palme durable) pour l’huile de palme ou encore MSC (Marine Stewardship Council) ou ASC (Aquaculture Stewardship Council) pour les produits de la mer.
Enfin, la préservation du capital naturel nécessite le développement d’un réseau mondial d’aires protégées ainsi que la restauration des écosystèmes et des services écosystémiques détériorés, afin de mettre fin à la disparition des habitats prioritaires.

Récolte des fruits du palmier à huile dans une plantation de la région de Sabah (Malaisie)

Pour une production responsable d’huile de palme

L’huile de palme est omniprésente. Cependant, sa culture est rarement responsable. Il est donc urgent d’agir afin d’éviter le point de non-retour.  

Monoculture du soja dans le Cerrado, Barreiras

Pour une production responsable du soja

La production mondiale du soja a décuplé. Cette demande s’est traduite par des impacts environnementaux et sociaux dans les zones où il est cultivé.

Poissons pêchés, Tun Mustapha Park (Malaisie)

Transformer le marché des produits de la mer

Les produits de la mer, source de revenus importante, génèrent des millions d’emplois et sont indispensables à la sécurité alimentaire des populations.

Femme récoltant ses légumes, qui ont poussé grâce à un système d'irrigation goutte à goutte, dans le cadre du programme du WWF Chemi Chemi Dry Land Women's Farming (Kenya)

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Pour mieux répondre à l'urgence écologique, le WWF France milite pour la transition vers des systèmes alimentaires durables.
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