dauphins, 15 ans du sanctuaire de Pelagos (2012)

Pelagos : 15 ans au service de la grande bleue

Retour sur 4 succès incontournables du sanctuaire Pelagos 

« Il y a 15 ans, la Méditerranée se dotait du sanctuaire Pelagos, refuge ultime pour ses mammifères marins face aux menaces conjuguées d’un trafic maritime croissant, d’un tourisme intensif et d’une pollution chaque jour plus nocive. Une date anniversaire que le WWF souhaite aujourd’hui célébrer en évoquant les succès de cette initiative. Car oui, il y eu de grandes victoires en Méditerranée cette dernière décennie !

Comme le projet REPCET, sorte de coyote appliqué au trafic maritime qui permet de partager l'observation des cétacés et donc, de prévenir les risques de collision avec les navires, le label whale-watching qui garantit une observation respectueuse des baleines et des dauphins en Méditerranée, la charte des villes ambassadrices signée par une centaine d’agglomérations côtières et qui les engage à promouvoir le sanctuaire Pelagos et à le faire respecter ou encore les missions scientifiques menées en mer pour améliorer nos connaissances sur les mammifères marins et mesurer leur taux de contamination.

Chacun de ces succès vient récompenser un travail de plusieurs années mené sur le terrain avec de nombreux partenaires. Avec votre soutien, nous menons des actions de protection et de sauvegarde sur le long terme, dont les effets se mesurent dans la durée. Notre travail n’est jamais vraiment terminé, voilà pourquoi nous oublions parfois de savourer nos victoires. Pourtant, quel que soit le projet, chaque avancée, même infime, demeure essentielle.

Et si pour une fois, nous nous retournions quelques instants sur le chemin parcouru ensemble ? Comme pour reprendre notre souffle et mieux repartir de l’avant ! »

Portrait d'Isabelle Autissier
Isabelle Autissier
Présidente du WWF France
Sanctuaire Pelagos : 15 ans au service de la Grande Bleue

Le sanctuaire Pelagos

Le sanctuaire Pelagos est un espace maritime de 87 500 km2 faisant l’objet d’un accord entre l’Italie, Monaco et la France pour la protection des mammifères marins. Instauré en 1999, il héberge un capital biologique de haute valeur patrimoniale, de nombreuses espèces de cétacés le fréquentent régulièrement, notamment en période estivale : le cachalot, le rorqual commun et plusieurs espèces de dauphins.

Il s’agit aussi d’un espace réservé à la concertation, pour que les nombreuses activités humaines déjà présentes puissent s’y développer en harmonie avec le milieu naturel qui les entoure sans compromettre la survie des espèces présentes et la qualité de leurs habitats. Le WWF France a contribué à la création du sanctuaire Pelagos dès l’origine et participe à son animation à travers ses programmes d’études et par sa participation aux groupes de travail thématiques définissant les orientations de sa gestion.

Baleine dans le sanctuaire Pelagos

1. Le label High Quality Whale-Watching

Le whale-watching, permettant aux touristes d’observer les cétacés dans leur milieu naturel, se développe de manière exponentielle en de nombreux endroits du globe.

Chaque année, l’activité génère plus de 2 milliards de chiffre d'affaires à travers le monde. Et la Méditerranée n’est pas épargnée. Pourtant, un tel développement, s’il n’est pas raisonné, peut nuire aux cétacés et donc, à terme, à l'activité elle-même. Sous la pression d'un whale-watching de mauvaise qualité, on a constaté le départ des animaux de certains secteurs, l'apparition de déficiences auditives ou encore des phénomènes de changements comportementaux et physiologiques radicaux sous l'effet d'un stress chronique.

Le whale-watching, activité de loisir en plein boom, doit être encadrée pour éviter que l'intérêt croissant et légitime du public pour les cétacés de Méditerranée ne se retourne contre ces derniers.

C’est de ce constat qu’est né le label High Quality Whale-Watching®. En accompagnant des opérateurs volontaires, il garantit une activité d'observation des baleines et des dauphins sauvages respectueuse et responsable. Les lignes directrices du label ont été élaborées en concertation avec les opérateurs et prescripteurs français, italiens et monégasques.

En synthèse, elles contiennent les éléments suivants : formation des opérateurs, respect du Code de Bonne Conduite pour l'observation des Cétacés, pratique d’une activité extensive et naturaliste (non strictement axée sur les cétacés), interdiction des activités de nage avec les cétacés et de la détection aérienne, pratique du tri des déchets à bord et participation aux programmes de recherche. 

Raies manta en Méditerranée

2. La charte des villes ambassadrices

La charte de Partenariat avec les communes riveraines du Sanctuaire Pelagos est une des principales réalisations menées dans le domaine de la sensibilisation et de la communication.

Développée en collaboration avec les communes côtières pour informer sur l’existence du sanctuaire Pelagos, de ses espèces et de ses menaces, elle permet d’accroître le nombre d’acteurs sur le territoire prêts à s’engager pour faire découvrir et respecter cet espace protégé. L’adhésion à la charte de Pelagos a remporté un véritable succès tout au long des côtes du sanctuaire. Les collectivités locales littorales du sanctuaire jouent un rôle important dans la protection des cétacés et de leur habitat. Leur implication dans la protection des mammifères marins est assurée par le biais de la Charte de Partenariat. En juin 2015, près de 60 communes italiennes et 26 communes françaises avaient déjà signé la charte

3. REPCET, le système anti-collision

La présence de millions de touristes en Méditerranée (24 millions) entraîne une intensification du trafic maritime en période estivale qui est à l'origine de la mort de nombreux rorquals communs, percutés accidentellement par les bateaux. 85% du trafic touristique entre la Corse et le continent s'effectue par voie de mer.
Les collisions avec les navires inquiètent les scientifiques. Ce sont désormais l'une des principales causes de mortalité non naturelle des grands cétacés de Méditerranée parmi lesquels rorquals communs et cachalots. Dans le monde, ces collisions portent atteinte à plusieurs populations de baleines et à la sécurité de certains navires.

Développé par l’association Souffleurs d’écume et la société CHRYSAR, l’outil REPCET est un système logiciel dédié à la navigation. Il vise, prioritairement, à limiter les risques de collisions entre les grands cétacés et les grands navires.

Chaque observation de grand cétacé réalisée par le personnel de quart depuis un navire utilisateur de REPCET est transmise en temps quasi-réel par satellite à un serveur situé à terre. Le serveur centralise les données et diffuse des alertes aux navires équipés et susceptibles d'être concernés par un signalement. Les alertes sont alors cartographiées à bord sur un écran dédié. Le système est également prévu pour le signalement des obstacles à la navigation et contribue également à améliorer la sécurité.

Dans le cadre de l'application de la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, il est devenu obligatoire pour les navires battant pavillon français, de se doter d'un "dispositif de partage des positions visant à éviter les collisions de navires avec les cétacés dans les sanctuaires marins Pelagos (Méditerranée) et Agoa (Antilles) ".

4. L'amélioration des connaissances via les missions en mer

La présence constante de 2000 navires dont 250 à 300 pétroliers fait de la Méditerranée la mer la plus menacée par des risques de catastrophes pétrolières : 35% du pétrole mondial transite par la Méditerranée. Les rejets des produits toxiques liés aux activités industrielles et agricoles sur le littoral, PCB, composés chlorés et métaux lourds en particulier, sont aussi la cause d'une pollution inquiétante car elle s'accumule tout au long de la chaîne alimentaire.

Ces différents facteurs constituent une pollution chronique dont les effets à long terme sur les cétacés et les autres espèces vivantes sont encore mal connus. C’est pourquoi, les équipes du WWF réalisent des biopsies en pleine mer.
A l’aide d’un tube placé à l’extrémité d’une flèche d’arbalète, ils prélèvent des petits morceaux de peau (qui sert à déterminer le sexe des individus et aux analyses génétiques) et de gras (qui permet de mesurer le niveau de contamination des animaux et de doser les hormones).

Grâce à ces prélèvements, nous avons récolté des informations infiniment précieuses qui nous aident à mieux préserver les mammifères marins. 
Au-delà du niveau de contamination des espèces par les polluants de type PCB ou les produits organochlorés qui demeurent persistants dans l’organisme, nous réussissons désormais à déterminer le sexe des individus et à reconnaître chacun d’entre eux avec certitude d’une année à l’autre.
Nous disposons ainsi de suffisamment d’échantillons pour dresser la carte génétique des populations de rorquals communs que nous estimons à 1700 individus répartis en trois groupes distincts. Nous sommes donc en mesure d’estimer les critères de viabilité de ces populations.

2017 : notre action continue

Au large des côtes souvent surpeuplées de notre Méditerranée, des animaux magnifiques vivent ou parfois survivent. On les connaît peu, on les étudie peu, on ne les considère pas assez. Ils sont pourtant une richesse à notre porte et un élément clé de la biodiversité méditerranéenne. Tant de choses restent à découvrir et à comprendre de ces populations qui subissent l’impact de nos activités.

Vont-ils pouvoir résister et se maintenir alors que la plupart des secteurs de l’économie maritime connaissent une croissance soutenue ?
De son côté, le WWF a bien l’intention de poursuivre ses efforts en partant à leur rencontre chaque été pour surveiller leur état de santé et améliorer nos connaissances. Nous continuerons à nous mobiliser sur tous les terrains pour préserver leur habitat et limiter les menaces qui pèsent sur eux.

Ensemble, nous sommes la solution. 

Nos projets actifs

La protection des écosystèmes marins est l'un des grands défis de notre temps. Nous en avons conscience et menons des projets de terrain en Nouvelle-Calédonie, Guyane et Méditerranée, afin d'assurer une productivité pérenne des pêcheries et une résilience des écosystèmes marins tout en améliorant la subsistance des communautés côtières et le maintien de la biodiversité.

REPCET : protéger les grands cétacés dans le sanctuaire Pelagos

Le sanctuaire Pelagos est un vaste espace maritime méditerranéen qui vise à protéger les mammifères marins qui le fréquentent. Malheureusement, ces derniers n’en demeurent pas moins menacés. En effet, le risque de collision entre les grands cétacés et les navires reste bien présent.

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Cap Cétacés : étudier les mammifères marins méditerranéens

Présent depuis plus de 17 ans en Méditerranée, le WWF mène d’importantes expéditions scientifiques en mer afin d’en apprendre davantage sur les grands cétacés, leurs comportements et les nombreuses menaces qui planent sur eux. Cap Cétacés est un projet majeur, né en 2000, s’inscrivant dans cette lignée.

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