Indonésie : le retour des tortues luth
Sur l’île de Buru, les tortues luth reviennent pondre sur leurs plages historiques.
Grâce au WWF et à l’engagement des communautés locales, nids et femelles sont désormais protégés.
Pour approfondir le sujet :
Tortues marinesDoyennes en péril
Présentes dans les océans depuis plus de 150 millions d’années, les tortues luth ont vu leurs populations chuter de 60 % en Atlantique Nord, et jusqu’à 95 % en Guyane en seulement 20 ans.
Les tortues luth, géantes des mers, parcourent des milliers de kilomètres pour revenir pondre sur les plages où elles sont nées. Mais leur route est semée d’embûches. Le braconnage des femelles constitue encore un danger majeur. Leur chair et leurs œufs, très recherchés, ont provoqué un effondrement des populations. Certaines pratiques de récolte, bien que traditionnelles, réduisent également fortement le nombre de jeunes tortues capables d’atteindre l’âge adulte. À ces menaces s’ajoutent la pollution marine et les filets de pêche abandonnés, qui blessent, piègent ou intoxiquent ces animaux. Mais l’un des dangers les plus préoccupants reste le changement climatique. La montée du niveau de la mer fragilise les plages de ponte, tandis que l’augmentation des températures affecte directement l’incubation des œufs. En effet, chez les tortues luth, la température du sable détermine le sexe des nouveau-nés : plus il fait chaud, plus les naissances de femelles sont nombreuses. Ce déséquilibre progressif entre mâles et femelles compromet la reproduction et menace l’avenir de l’espèce. En raison de l’accumulation de ces pressions, la tortue luth est aujourd’hui classée « en danger critique d’extinction ».
Agir sur tous les fronts
En douze ans, grâce au filet TED, les captures accidentelles de tortues par les chalutiers ont baissé de 95% !
Le WWF protège les tortues luth à chaque étape de leur vie. Sur les plages, nous collaborons avec les communautés locales pour surveiller les sites de ponte, protéger les nids et empêcher le vol des œufs ou la chasse des femelles. Des équipes de patrouilles et des bénévoles assurent une présence continue, et des programmes d’éducation expliquent pourquoi ces tortues sont essentielles pour l’océan et comment vivre en harmonie avec elles. En mer, le WWF agit pour réduire les captures accidentelles. En Guyane, par exemple, nous avons contribué au développement du filet TED – Turtle Excluder Device – qui permet aux tortues de s’échapper des chaluts tout en conservant les crevettes. Depuis 2005, son utilisation est obligatoire, et en douze ans, les captures accidentelles ont chuté de 95 %. Le WWF milite maintenant pour que toutes les crevettes tropicales vendues en Europe proviennent de pêcheries utilisant ce dispositif. Nous soutenons aussi la recherche scientifique. Les tortues sont équipées de balises qui nous permettent de suivre leurs migrations, de repérer les zones où elles croisent les activités de pêche, et d’adapter les pratiques pour mieux les protéger. Nous luttons enfin contre la pollution marine et les déchets plastiques, une autre menace majeure.
Zéro braconnage depuis 3 ans !
Pour ne manquer aucune de nos actualités, inscrivez-vous à notre newsletter :
Sur l’île de Buru, au sein de l’archipel indonésien des Moluques, la plage de Fena Leisela s’étend sur 14 kilomètres, un véritable trésor naturel où les tortues luth viennent chaque année pondre après avoir parcouru des milliers de kilomètres à travers l’océan. Autrefois, ce lieu était loin d’être un sanctuaire : les habitants récoltaient régulièrement les œufs, selon des traditions anciennes, tandis que des braconniers venus des îles voisines venaient chasser les femelles, parfois jusqu’à vingt chaque nuit, pour vendre leur viande séchée à Ambon, la capitale. Entre la collecte d’œufs et la chasse des tortues, l’avenir de ces géants des mers semblait compromis. Mais aujourd’hui, cette histoire a radicalement changé grâce au travail du WWF Indonésie, en lien étroit avec les autorités locales et avec l’appui de la NOAA et du WWF États-Unis. Depuis 2017, des actions concrètes ont été mises en place : sensibilisation des communautés, dialogue avec les habitants et surveillance active des nids par le groupe Sugiraja Watulu. Ces efforts ont transformé le rapport des habitants aux tortues, qui comprennent désormais leur rôle crucial pour la santé des océans.
Tortue luth (Dermochelys coriacea) nageant dans l'océan / Deux jeunes tortues luth (Dermochelys coriacea) rejoignent l'océan
Le pillage, qui touchait autrefois 94 % des nids, a totalement disparu depuis 2022.
Quatre villages côtiers ont adopté des règlements interdisant toute exploitation des tortues marines. Les résultats sont spectaculaires : le taux de vol des nids, qui atteignait 94 %, est tombé à 3 % en cinq ans, et depuis 2022, il est nul. Chaque année, près de 200 nids de tortues luth sont désormais protégés, offrant une chance réelle de survie à cette espèce classée « en danger critique d’extinction ». Au-delà de la faune, l’initiative profite aussi aux populations locales, en créant un mouvement collectif de conservation et en renforçant la fierté et la cohésion des communautés.