La tribu d’Azareu sauve sa forêt
À Bourail, au centre de la Nouvelle-Calédonie, la forêt brûlait chaque année, privant d’eau la tribu d’Azareu. Avec le WWF, la communauté a restauré la zone et stoppé les feux. 17 ans plus tard, la nature reprend ses droits et l’eau coule à nouveau toute l’année au robinet.
Pour approfondir le sujet :
Nouvelle-Calédonie, Protéger les forêts de Nouvelle-Calédonie, Restauration des forêts humides (Nouvelle-Calédonie)Des flammes à la pénurie d’eau
En Nouvelle‑Calédonie, chaque année, plus de 20 000 hectares partent en fumée, menaçant les captages d’eau et la biodiversité.
Au cœur de la commune de Bourail, dans la Zone Côtière Ouest inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO, la tribu d’Azareu dépend d’une petite forêt nichée au-dessus de son captage d’eau. Depuis des générations, cette zone boisée assure un rôle essentiel : elle retient l’humidité, régule les ruissellements et filtre naturellement l’eau qui alimente tous les foyers du village. Mais les incendies répétés fragilisent cet équilibre ancestral. Les pentes se dénudent, la terre s’érode et la source s’amenuise. Les habitants font face à des pénuries d’eau de plus en plus fréquentes : les robinets se tarissent certains mois, la pression chute, et l’avenir de la tribu semble suspendu à la survie de cette forêt.
Ces feux, d’origine humaine, dévastent chaque année des pans entiers d’écosystèmes déjà fragiles. Les animaux endémiques, très sensibles aux perturbations, désertent le secteur. Pour la tribu, la disparition progressive de ce patrimoine naturel n’est pas seulement une crise environnementale : c’est une menace directe pour son autonomie, son bien-être et sa relation profonde à la terre.
Restaurer la forêt, reconstruire le lien communautaire
Des actions concrètes :
- 2 000 plants natifs et 4 000 graines de bancouliers mis en terre,
- des chantiers citoyens annuels pour faire grandir la communauté engagée dans la restauration de la forêt,
- un engagement des responsables claniques à faire cesser les feux sur le captage.
À partir de 2008, la tribu d’Azareu s’engage dans un plan d’action ambitieux aux côtés du WWF et de la Province Sud. L’objectif est double : stopper la spirale destructrice des incendies et restaurer le couvert forestier indispensable à la source. Le WWF, déjà impliqué dans un chantier similaire plus au nord à Gohapin, partage son expérience et facilite les échanges entre tribus. Un premier axe consiste à mobiliser les habitants autour du lien vital entre forêt et eau. Des ateliers, réunions coutumières et journées de sensibilisation sont organisés pour montrer comment les pratiques quotidiennes peuvent prévenir ou, au contraire, favoriser les feux. Cette dynamique communautaire devient rapidement un pilier du projet. Parallèlement, un vaste chantier de reforestation se met en place. Chaque année, des journées citoyennes rassemblent familles, jeunes, anciens et associations locales. Les plants d’espèces natives proviennent des pépinières communautaires, de la tribu de Gohapin et de Bwärä Tortues marines. Au fil des années, plus de 2 000 plants appartenant à une vingtaine d’espèces - du cerisier bleu au pin colonnaire - ainsi que 4 000 graines de bancouliers sont mis en terre autour du captage. Cette restauration patiente, basée sur des espèces locales adaptées, vise à reconstruire un écosystème résilient. Tout au long du processus, le WWF apporte un appui technique et veille à la cohérence écologique des interventions.
Cagou, oiseau endémique de la région / Inflorescences Stenocarpus trinervis, un arbre endémique de Nouvelle Calédonie / Mise en terre de nouveau plants d'arbres par des membres de la tribu d'Azareu et par des bénévoles WWF
Chronique d’une renaissance
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Dix-sept ans après les premiers chantiers, le paysage d’Azareu incarne l’espoir retrouvé. Là où les incendies avaient décimé la forêt, un couvert végétal dense s’est reformé. Les jeunes arbres plantés par les habitants ont grandi, stabilisent les sols et retiennent l’humidité nécessaire à la source. Le résultat le plus palpable, celui qui change le quotidien de la tribu, est évidemment le retour de l’eau qui coule désormais toute l’année au robinet. Même durant la saison sèche, la pression reste stable, signe que la forêt a retrouvé sa capacité de régulation naturelle. Mais ce n’est pas la seule bonne nouvelle. En retrouvant un habitat viable, la faune endémique revient progressivement. Les roussettes, grandes chauves-souris emblématiques sensibles au moindre incendie, ont été les premières à réapparaître. Puis le notou, plus gros pigeon arboricole du monde, a recommencé à fréquenter la forêt restaurée avant d’être observé jusque dans la tribu. Enfin, événement symbolique et émouvant, le chant du cagou a retenti cette année au-dessus du captage. Pour les habitants, entendre cet oiseau non volant, emblème culturel de la Nouvelle-Calédonie, est la preuve que la forêt est en train de reprendre ses droits.
Forte de cette réussite, la tribu a créé un sentier de randonnée menant à la source, ouvert aux visiteurs, scolaires et curieux désireux de comprendre la relation entre la forêt et l'eau. Ce nouvel espace devient un outil de partage, de sensibilisation et de valorisation du patrimoine naturel. Là où le feu semblait avoir gagné, la forêt prend aujourd’hui sa revanche. Le WWF est heureux d’avoir contribué à cette renaissance.