Faire la paix avec les gorilles
Dans le bassin du Congo, grâce au Programme d’habituation des primates (PHP) que le WWF soutient, humains et grands singes apprennent à cohabiter plus sereinement.
Partager la forêt, un défi quotidien
Le Bassin du Congo abrite environ 10 000 espèces de plantes tropicales, dont près d’un tiers sont endémiques, c’est-à-dire qu’elles n’existent nulle part ailleurs.
Au cœur de l’Afrique centrale, le bassin du Congo abrite le deuxième plus grand système forestier tropical au monde, un véritable trésor de biodiversité et un régulateur climatique essentiel. Ces forêts luxuriantes hébergent des espèces emblématiques, comme les gorilles des plaines ou les éléphants de forêt, mais elles sont aujourd’hui sous pression. L’explosion démographique dans les pays du bassin, combinée à des pratiques économiques non durables — agriculture sur brûlis, exploitation forestière illégale, braconnage — fragilise ces écosystèmes uniques. Les forêts disparaissent ou se fragmentent, réduisant les habitats des animaux et menaçant leur survie. Les gorilles, dont les populations sont déjà limitées, pâtissent particulièrement de ces changements : la perte d’habitat et les contacts plus fréquents avec les humains les exposent au braconnage et à des maladies, mettant leur survie en péril. Protéger ces forêts et leurs habitants n’est pas seulement un enjeu écologique : c’est aussi préserver les services vitaux que ces écosystèmes rendent aux populations locales, comme l’accès à l’eau, à la nourriture ou la régulation du climat.
Protéger les gorilles et leur habitat
Il existe deux espèces de gorilles dans le monde : le gorille de l’Ouest (Gorilla gorilla) et le gorille de l’Est (Gorilla beringei), chacune divisée en deux sous-espèces. Les gorilles du parc national de Campo Ma’an appartiennent à la sous-espèce du gorille des plaines de l’Ouest (Gorilla gorilla gorilla).
Depuis 50 ans, les gorilles sont une priorité pour le WWF. Pour les protéger, nous agissons chaque jour sur le terrain et auprès des gouvernements. Nous luttons contre le braconnage, contribuons à améliorer l’efficacité des aires protégées et encourageons une exploitation responsable des ressources forestières. Avec nos partenaires, nous soutenons la création et la gestion d’aires protégées emblématiques, comme Dzanga-Ndoki et Dzanga-Sangha en République centrafricaine. Ces espaces offrent un refuge essentiel aux grands singes et à de nombreuses autres espèces menacées. Mais préserver la nature ne signifie pas mettre les habitants à l’écart. Au contraire, nous travaillons avec eux pour construire des solutions durables. Le WWF accompagne des projets d’agriculture respectueuse, de reboisement et d’écotourisme. Nous aidons aussi à développer des activités génératrices de revenus, pour que les familles puissent vivre dignement sans détruire leur environnement. Sur le terrain, nous luttons également contre le braconnage et l’exploitation illégale de la faune sauvage et du bois, tout en suivant de près l’évolution de la faune et les impacts sanitaires des contacts accrus entre les hommes et les gorilles. Ces observations nous permettent d’adapter nos actions et de mieux répondre aux besoins des espèces et des populations. Enfin, nous menons un plaidoyer actif pour renforcer les lois et politiques de conservation. Cela a conduit à la signature de l’Accord Gorilla, premier traité contraignant pour protéger les gorilles dans les dix pays concernés, avec l’adhésion du Cameroun en 2020, une avancée majeure pour la conservation durable des primates.
Vivre ensemble, autrement
" Depuis 2011, le programme WWF Kudu Zombo travaille à l’habituation du groupe de gorilles Akiba sur l’île de Dipikar au Cameroun, une étape clé pour développer un tourisme d’observation responsable. Aujourd’hui, le groupe accepte bien la présence humaine, on parle d’un taux de tolérance à l’humain de 91 % ! "
Dans les profondeurs du bassin du Congo, au cœur du parc national de Campo Ma’an, le Programme Kudu Zombo, soutenu par le WWF, transforme peu à peu la vie des grands singes et celle des habitants. L’initiative repose sur un principe simple : permettre aux animaux de s’habituer progressivement à la présence humaine, sans contrainte ni stress. Jour après jour, les équipes issues des communautés villageoises locales progressent doucement dans la forêt dense, le plus silencieusement possible. Et lorsqu’elles aperçoivent au loin un grand singe, elles s’approchent discrètement, en respectant le protocole à la lettre : annoncer leur présence par un claquement de doigt, parler à voix basse, maintenir une distance d’au moins 10 mètres avec les gorilles, éviter de les fixer car ils pourraient prendre cela comme de l’hostilité et en cas de charge, s’accroupir et rester parfaitement immobile
Deux jeunes mâles gorilles des plaines de l'Ouest (Gorilla gorilla gorilla) / Un bébé gorille des plaines de l'Ouest (Gorilla Gorilla Gorilla)
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Car la charge fait souvent partie d’une stratégie d’intimidation : le gorille fonce alors à toute vitesse vers l’intrus, dans une démonstration de force aussi impressionnante qu’efficace, avant de dévier sa trajectoire au dernier moment. Ce comportement vise avant tout à dissuader, à rappeler sa présence et son autorité, plutôt qu’à attaquer. Heureusement, ces réactions restent peu fréquentes. La plupart du temps, lorsque les règles de base sont respectées, les primates poursuivent tranquillement leurs activités, laissant aux scientifiques le loisir de les observer. On voit les mâles dominants surveiller leur groupe, les femelles protéger et guider leurs petits, et les jeunes s’amuser en courant ou en se chamaillant. Source d’émerveillement, ces observations enrichissent surtout la recherche scientifique et éclairent le rôle crucial des primates dans la forêt : en dispersant les graines et en aidant les arbres à repousser, ils participent à la vitalité des paysages et à l’équilibre de l’écosystème. Comprendre leur mode de vie, c’est se donner de meilleures chances de protéger leur habitat et de préserver toute la biodiversité qui en dépend.
Au Cameroun, ce travail d’habituation prépare les populations de gorilles à une future activité d’écotourisme. Mais le programme ne bénéficie pas seulement à la faune. Il génère aussi une activité économique pour les communautés locales. A Dzanga-Sangha, celle-ci a déjà permis de créer de nombreux emplois directs et indirects : guides, agents de protection, gérants de lodges, artisans, restaurateurs. Ces activités offrent des revenus stables et durables, tout en réduisant la dépendance à la chasse ou à l’exploitation illégale du bois. La surveillance vétérinaire est également centrale : les pisteurs observent l’état de santé des gorilles et collectent des échantillons non invasifs pour détecter rapidement les risques de propagation de zoonoses, dans le cadre de l’approche « Une seule santé ». En effet, les grands singes sont très sensibles aux maladies humaines : un simple rhume peut leur être fatal. En étudiant les risques de transmission, le WWF contribue à les prévenir pour protéger à la fois les habitants et la faune.